La nuit était fraîche et cotonneuse, mais l’ambiance, dans la salle, paraissait chaude,
électrique et puissante. Le groupe jouait depuis quelques minutes lorsqu’elle franchit
enfin la porte, passant du brouhaha monotone de la ville à la moiteur furieuse
et éphémère du concert. D’abord surprise et agressée, son oreille s’adapta très vite
à la musique accrocheuse et mélodieuse de Nelson Toubab.
Elle regretta d’emblée d’avoir loupé les premiers instants…
D’ailleurs, comment avait-elle pu rater ce groupe alors qu’il tournait depuis 2004,
depuis des années déjà. Plus de 50 concerts dans la région ! De bars en festivals,
de fiestas intimes en grosses machines pleines de son, Nelson Toubab avait tout fait,
et elle ne les avait jamais vraiment vus. Si ce n’est une fois, peut-être,
alors qu’ils n’étaient que deux, il y a bien longtemps et ne s’appelaient pas encore…
Depuis, le groupe avait fait du chemin, acquis sa propre personnalité,
son propre son. Maintenant, on pouvait dire qu’ils faisaient du Nelson Toubab
comme on dirait du NoirDez, du Tingueli ou du Niconito.
Mais putain c’est quoi du Nelson Toubab ? La rythmique précise et entêtante
de Seb et Mathieu, les riffs à entrechats des guitares de Two Fingers et Nico,
et la folie du chant du même Nico. Elle avait du mal à classer leur musique ; du rock,
c’est sûr, mais un univers particulier : une originalité indéniable, des surprises
bien toubabiennes, de la douceur et des armes. Quoi qu’il en soit, pour le moment
ces quatre là étaient sur scène, tenaient leurs promesses et l’emmenaient elle et tous
les autres pour un spectacle torride et envoûtant. Oui décidément, elle resterait là
et jouirait de leur folie jusqu’à la fin.
Elle ferma les yeux, heureuse comme une danseuse en tongues
"La sagesse d’un ange ou Un petit traître fragile"
Avec ce deuxième album, Nelson Toubab pose un jalon sur le parcours.De la grande famille du rock ils retiennent de douces mélodies ou d’extrêmespunkitudes, développent les ambiances de la berceuse à la syncope.Ici, on embrasse des tueuses en tongues, on chatouille un éléphantdans la porcelaine, on contemple des pigeons et des vampires. Ici marin, rêveuret noceur, tour à tour, tout à la fois. Une batterie, une basse, des guitareset un chant baryton métallique témoignent là de leurs découvertes ;avant de repartir en quête. D’ailleurs, ils sont déjà loin.Bienvenue dans l’univers de Nelson Toubab