Mardi 20 octobre 2009 par admin
classé dans Chroniques
(Olivier Vadrot, membre de la Team ZicMeUp, nous propose sa chronique hebdomadaire. Vous pouvez le retrouver sur son site www.oliviervadrot.com)
Cassez la voix ! !
Chers amis,
Il est parfois des évidences tellement violentes à admettre, qu’il vaut mieux mettre la tête sous le sable et attendre que quelqu’un d’autre se charge de divulguer l’information.
Grâce à cet outil formidable qu’est Deezer, je peux écouter ou ré-écouter de vieux albums que je possédais par le passé et qui ont, à présent, trouvés refuge dans le fond d’un grenier. Au cours de cette semaine j’ai pris du plaisir à me faire couler dans les oreilles, quelques disques de Jacques Higelin.
Bien entendu, avec le temps et les années de pratique du monde de la musique, mon oreille entend différemment aujourd’hui. Par le passé seuls l’émotion des paroles, de la voix et de la mélodie m’importaient. Je ne prêtai guère attention aux diverses flûtes et trompettes et autres instruments utilisées par l’artiste pour modeler sa chanson.
Je vous invite à vous connecter à la plate-forme évoquée plus haut et à sélectionner « Higelin 82 » ou à fouiller dans vos archives pour dégoter un CD, un vinyle, voire une cassette achetée dans une station service d’autoroute, alors que vous partiez en vacances du coté de Concarneau tandis que tous vos copains eux allaient au cap d’Agde.
Prenez le temps d’écouter. Je ne vous demande pas d’aimer le chanteur, ni ses chansons. Juste écouter. Chaque titre est confectionné intelligemment, avec à chaque fois un véritable univers musical bien défini.
Déjà à l’époque, bientôt 30 ans, Jacques utilisait du Ukulélé et tout un tas d’objets bigarrés. Aujourd’hui on crie au génie dès qu’un artiste met quelques notes de cet instrument dans une de ses compositions, avec à la clé une petite chance d’intéresser une station de Radio France.
Ce qui m’a vraiment frappé à la suite des 50 minutes que dure l’album, c’est la recherche qui a été faite, afin de proposer une véritable œuvre et non un produit.
Je reçois des CD, j’en écoute également sur le net. Tout me semble lisse, homogène, sans aspérité, sans folie. La grande phrase à la mode, que l’on entend très souvent et que j’emploie également, je l’avoue, mais qui ne veut pas dire grand chose : « c’est bien produit !» En langage clair il faut comprendre : Le son est bon, le mix est bon, le mastering n’est pas mauvais, mais le produit ne casse pas trois pattes à un canard.
A moins d’être dans une niche, comme je l’évoquais il y a quelques semaines et de ne pas pouvoir ou vouloir déroger à la règle, il vous est instamment demandé, à vous les artistes, de travailler vos morceaux comme s’il s’agissait d’œuvre d’art et non comme de vulgaires chansonnettes. Je sais que beaucoup d’entre vous mettez tout votre cœur dans vos créations. Mais cela ne suffit pas. il faut savoir jusqu’où on peut aller trop loin. Il ne faut pas hésiter à se dire : « je suis content du résultat, j’ai mis longtemps à l’obtenir, mais suis-je réellement au bout du processus ? »
Peut-être que le titre que vous venez d’enregistrer, sous forme de maquette, dont vous et votre entourage êtes très contents, mériterait-il d’être « déconstruit », « remodelé », « détourné ». Je sais, ô combien, la hâte est grande de voir son « petit » prendre vie, d’entendre le résultat de jours et de mois de travail. Cette impatience ne doit pas vous détourner de votre but artistique, créer une œuvre.
Alain Bashung a commencé sa carrière de chanteur en 1966. Il avait déjà à l’époque une posture quelque peu rebelle et chantait des choses impossibles à diffuser à la télé ou sur les ondes radio comme : « T’es vieux, t’es moche ». Son élocution était très claire et finalement sans caractère. Puis, le travail, la recherche, lui ont permis d’aboutir à ce que nous connaissons tous. Combien d’années lui a-t-il fallu pour parvenir à cette diction qui lui était propre ? 20 ans ! A présent, il ne faut pas plus de quelques secondes pour reconnaître ce timbre de voix inimitable.
Tout comme un peintre fait évoluer sa palette, Bashung a su modifier sa voix pour enfin trouver la sienne. Si Picasso était resté coincé au début du 20ème siècle, il est à peu près sûr que nous en parlerions beaucoup moins aujourd’hui.
N’oubliez pas que votre texte n’est peut-être pas de la poésie, mais votre chanson, paroles, musiques et arrangements, doivent être entendus, comme on regarde un tableau, dixit Jacques Brel. Une chanson c’est un tout.
Ce qui fait que l’album « Higelin 82 » est aujourd’hui aussi bon qu’hier, c’est justement par le travail acharné de l’artiste. A force d’avoir remis son ouvrage sur le métier, il est parvenu à créer une œuvre d’art. Je n’en dirai pas autant de tous ses albums. Il faut tout de même savoir resté objectif et ne pas être aveuglé par la grandeur du créateur.
Un artiste, par essence, doit outrepasser les codes. Si vous proposez à notre écoute des chansons qui nous feront penser immédiatement à ce qui a déjà été fait, il est fort probable que vous n’aurez pas notre oreille très longtemps.
Soyez originaux ! Inventifs ! créatifs ! Artistes quoi !
Olivier Vadrot
Mardi 13 octobre 2009 par admin
classé dans Chroniques
(Olivier Vadrot, membre de la Team ZicMeUp, nous propose sa chronique hebdomadaire. Vous pouvez le retrouver sur son site www.oliviervadrot.com)
C’est la même chanson ! !
Chers amis,
Il m’est arrivé dernièrement de relire quelques chroniques publiées par le passé. Ma première réaction a été de me dire : « Waooo ! tout ce que tu écris est si positif que si je ne te connaissais pas, j’aurais envie de te rencontrer. » Bon, il faut tout de même rester réaliste, modeste et avouer que parfois les choses ne vont pas toujours si bien que je les présente. L’échec fait partie du jeu.
La semaine passée, j’avais un gros rendez-vous avec un client. Si je faisais affaire, c’était une nouvelle aventure artistique à suivre de bout en bout et plusieurs mois de trésorerie d’assurer. Autant vous dire que je voulais le décrocher ce business. Etant en concurrence avec d’autres sociétés, il se pouvait très bien que la chose m’échappe et c’est bel et bien ce qu’il advint. Tant pis…
Au cours de la négociation, il a été question à plusieurs reprises de la présence sur internet, via toutes les plates-formes de téléchargement légal, de l’artiste dont je devais m’occuper. Fallait-il être plutôt sur tel site ou sur tel autre ? A cette question j’apportai une réponse qui ne sembla pas satisfaire les décideurs. « Quel budget êtes-vous disposés à mettre sur la table ? ». Silence. Gêne. « Le budget… ».
Il me semble qu’une petite précision s’impose. Beaucoup de jeunes artistes confondent les plates-formes de téléchargement avec les distributeurs numériques. Pour le virtuel, il en est de même que pour le physique. Avant de vous retrouver sur FNAC.com, Virginmega ou itunes, entre autre, vous devrez avant tout passer par une société qui récupérera vos œuvres, vous fera signer un contrat et ensuite mettra vos titres en ligne dans les magasins virtuels. Elle sera également chargée de vous reverser les montants que vous aurez gagnés en vendant votre musique.
Vous trouverez sur le net de nombreuses structures capables de vous héberger. Nous recevons tous de nombreux mails de celles-ci, proposant de faire de vous, les futurs multi millionnaires du show biz, grâce à cet outil merveilleux qu’est le net. Vous pensez, être à Chateauroux et pouvoir vendre votre musique au Japon, aux USA ou à Dijon, c’est vraiment révolutionnaire. T’as raison, coco ! !
Le but de ces sociétés est de faire du volume, afin d’avoir une offre conséquente à proposer aux internautes et ainsi de multiplier le nombre de ventes et donc de gonfler leur chiffre d’affaire. Je tiens à préciser tout de suite que je ne trouve pas ces pratiques condamnables. Au contraire, plus il y a de possibilités de diffusion de la musique, plus il y a de chances que les artistes s‘y retrouvent.
Je n’entrerai pas dans le débat qui consiste à faire passer les distributeurs pour d’affreux capitalistes qui se moquent des artistes et de leur catalogue et qui ne pensent qu’à devenir si gros que très vite une offre de rachat de leur société, par un géant du divertissement, tombera et fera d’eux des gens très riches. Le commerce, y compris artistique, a des règles qu’il faut accepter.
Une petite anecdote à présent. Le producteur d’une chanteuse avec laquelle je travaillais, m’appelle l’an passé en me disant : « Tu te rends compte, c’est génial ! Ils sont prêts à mettre l’équivalent de 15 000 € de publicité sur le single ». Cela signifiait une mise en avant du visuel du single sur les portails de sites de téléchargement et une présence accentuée du titre dans un player. Les jours et les semaines passent et rien ne se produit. J’invite le producteur à les rappeler. Voici le fin mot de l’histoire. Effectivement la plate-forme était OK pour faire une belle publicité pour le single, sur tous les sites sur lesquels ils sont présents. En contrepartie, ils attendaient le plan promo média traditionnel : Radio, télé, journaux… Si la production met de l’argent sur la table, le distributeur en met aussi. Si le producteur garde la main dans sa poche…
Bien entendu, le-dit single ne fut jamais mis en avant sur aucun site et les revenus qu’il généra furent si ridicules que l’équipe ne put même pas fêter ça autour d’un bon hamburger, dans un fast food… Quel dommage ! !
Un éditeur suisse, d’un certain âge, avec qui je parlai d’internet, me dit un jour : « Vous me faites rire avec votre truc. Vous me rappelez le début de la FM. C’était soi-disant le nouveau moyen de se faire connaître. Tu parles ! Si t’as pas de budget promo pour faire parler de toi, t’as quasiment aucune chance de sortir ».
On me demande parfois s’il faut y aller ou non, chez ces distributeurs. Je dis oui, allez-y. Toutefois, prenez garde aux termes du contrat et au lieu de résidence de la société. Récemment, une de ces boites a déménagé en un pays neutre de l’Europe, après avoir engrangé de belles sommes d’argent. Les artistes floués doivent à présent se battre, de toutes leurs forces, pour récupérer ce qui leur est dû. Après l’artistique, voici le juridique…
Cet arbre mort, ne doit pas cacher la forêt de possibles qui s’offrent à vous. Foncez avec lucidité vers ces nouveaux mondes et devenez virtuellement achetables réellement !
Musicalement
Olivier Vadrot
Lundi 5 octobre 2009 par admin
classé dans Chroniques
(Olivier Vadrot, membre de la Team ZicMeUp, nous propose sa chronique hebdomadaire. Vous pouvez le retrouver sur son site www.oliviervadrot.com)
Chers amis,
Par cet article, j’inaugure cette semaine une nouvelle collaboration. En effet, l’équipe fondatrice du site www.zicmeup.com m’a proposé de publier mes bulletins sur leur blog. Tout comme vous, auteurs, compositeurs, interprètes, ne refuseriez sans doute pas d’être présents sur de nouveaux réseaux de diffusion, j’ai accepté avec grand plaisir cette visibilité supplémentaire et les remercie sincèrement.
Au cours de la semaine passée, j’ai fait affaire avec Steve et Heather, un groupe franco-américain, qui pratique la Country music dans notre pays. Nous avons ensemble deux beaux défis devant nous. Tout d’abord, ils seront sur la scène de l’Alhambra le 8 novembre prochain, puis juste après sortira leur nouvel album.
Le fait de travailler pour la première fois sur ce créneau musical, m’amène plusieurs réflexions.
En premier lieu, il ne faut jamais sous-estimer les styles musicaux que nous n’avons pas l’habitude d’écouter. Pour moi, la Country c’était un univers un peu simpliste : Guitare, bière, cow-boy… Même si on n’est pas très loin de ce tableau là , ce monde est beaucoup plus riche que je ne le pensais. Surtout, j’ai rencontré des gens heureux, avec une vraie joie de vivre et une folle envie de communiquer cet état d’esprit à l’ensemble de leur congénère. Cela fait énormément de bien de sortir des considérations existentielles à 2 balles des futurs stars de la chanson française, qui ne pensent qu’à crachoter dans un micro en se regardant le nombril. Il y en a qui font ça très bien, certes. Mais il y en a beaucoup également qui le font très mal.
En second lieu, je découvre « une niche ». La country music, n’est pas encore bien intégrée par les médias nationaux. Pourtant en France, il y a des radios spécialisées (Musicbox), des émissions dédiées (Big cactus country), des dizaines de festivals (Mirande, Bain-de-Bretagne…), des journaux (Dream West), des centaines de clubs de danseurs en ligne, des stages, des bals, des boutiques…
La communauté française est en contact direct et permanent avec les Etats-Unis. Ce qui permet à nos artistes d’être pour certains, entendus et diffusés sur le sol américain. Et au-delà d’être appréciés. J’en veux pour preuve que Steve et Heather, viennent de recevoir une invitation officielle à ce qui est une des plus grosses émissions de country US : « The midnight Jamboree ». Rassurez-vous, pour moi non plus, jusqu’à il y a dix jours, cela ne voulait pas dire grand chose. Aujourd’hui, je dirais que ce programme est un peu à la country aux USA, ce que Taratata est à la Pop en France, une institution. Une participation à cette émission et ce ne sont plus quelques dizaines de milliers de fans français qui vont les écouter, mais environ 10 millions d’américains ! !
Pour en arriver là , Steve et Heather ont beaucoup travaillé. Ce n’est pas parce qu’il y un créneau à prendre que celui-ci se gagne facilement. Au contraire, plus je rencontre d’artistes, plus je me rends compte que seuls les efforts démultipliés viennent à bout des résistances et permettent de cheminer sur la bonne voix. Il y en a d’autres qui essaient d’atteindre leur niveau de notoriété (couverture du dernier numéro de Dream West, s’il vous plaît !), mais si ceux-là n’agissent pas comme si leur vie en dépendait, ils n’y parviendront sans doute jamais.
Si comme Steve et Heather, vous êtes sur « une niche », que vous fassiez du Hard Rock ou du jazz fusion, dites-vous que vous avez une petite chance de plus par rapport à tous vos confrères. Les diffuseurs étant peu nombreux, vous aurez plus de facilités à les contacter, à vous faire entendre et finalement à vous faire remarquer, si votre travail est de qualité.
Je ne voudrais pas que mes propos soient mal compris, ni que l’investissement des artistes dont je parle soit sous-estimé. Pour avoir la première place, il faut être bon !
Je vous invite à présent à aller faire un tour chez votre marchand de journaux. Mettez-vous dans la peau d’un jeune rappeur et regardez le nombre de parutions en rayon. Si vous parvenez à faire diffuser une news concernant votre prochain album, dans un de ces nombreux magazines, quel impact cette annonce aura sur la communauté ? Infime, c’est certain. Mais c’est mieux que rien, on est d’accord. Et après ?
Je connais une jeune demoiselle qui pratique la Pop chrétienne ! Je peux vous assurer que même si elle n’apparaît pas au journal télé, ni dans les émissions spécialisée, elle vend beaucoup plus de disques et est très connue dans son milieu.
Ne craignez pas d’être un peu seul, sur un créneau à part. Au contraire, cela peut être une chance. Mettez en avant votre différence et imposez-vous dans votre communauté. Cela représentera pour vous une belle victoire. Et s’il y en a qui aboient, renvoyez-les dans leur niche.
Musicalement,
Olivier Vadrot



















