Publié le Lundi 8 février 2010 par Olivier
(Olivier Vadrot, membre de la Team ZicMeUp, nous propose sa chronique hebdomadaire. Vous pouvez le retrouver sur son site www.oliviervadrot.com)
Ou
Comment limiter la création à cause des quotas
Chers amis,
Comme je le préssentais en début de semaine dernière, les jours qui viennent de s’écouler m’ont offert beaucoup de plaisir et de bonheur à travailler pour le monde du spectacle. J’ai eu la chance de valider des dates de concert, d’assister à de très beaux spectacles et de rencontrer des passionnés de chanson et de musique, j’ai voyégé en bonne compagnie et ai préparé le calendrier pour les mois prochains.
Vous le savez sans doute, var j’ai déjà au l’occasion d’en parler dans certains billets, j’interviens de manière ponctuelle et toutefois très agréable, sur Radio Néo. En général, j’aime être sur cette antenne le mardi soir.
La semaine dernière, il y avait sur les ondes un débat fort intéressant qui avait pour thème l’utilisation de la langue anglaise pour écrire des chansons. Doit-on, en tant que français, utiliser une autre langue que la sienne pour s’exprimer ? Toujours en pareille circonstance, les échanges sont extrêmes et parfois vindicatifs. D’un côté il y avait un auditeur d’origine hongroise qui soutenait que si on ne maîtrise pas les subtilités de la langue, il vaut mieux s’exprimer dans celle qui vous a vu naître et de l’autre il y avait Aubel qui ne chante qu’en anglais et qui défendait le fait de trouver des mots et des sonorités dans cette autre langue, qu’elle ne parvenait pas à faire naître en français.
Je pense que nous aurions pû les laisser toute la soirée en ligne, qu’ils n’auraient pas trouvé un terrain d’entente pour admettre que chacun finalement à raison.
Le principe même de la création est justement la liberté et la non-entrave à l’expression. Qu’importe que la langue soit celle de votre naissance ou de vos ancêtres ou du pays voisin. L’important est ce que vous souhaitez dire. S’il vous est plus facile d’écrire et de faire passer votre message en allemand ou en espagnol, alors allez-y. Personne n’y trouvera à redire.
La plupart des auteurs français qui écrivent en anglais se veulent plus proche d’artistes rock, que de song writter. Ils utilisent les mots, les sonorités, les consonnaces comme si ceux-ci étaient des instruments de musique en soi. L’anglais est sans doute la langue qui colle le mieux au rock. Je ne vous invite pas, d’ailleurs à traduire les textes de vos chansons favorites, car vous pourriez avoir de grosses surprises quant à la profondeur de cette littérature. Si ça sonne dans l’oreille et résonne dans le coeur, alors la partie est gagnée.
L’étape suivante est la diffusion de ces oeuvres. Il y a quelques années en arrière, les titres anglosaxons abreuvaient les playlist des radios FM. A tel point qu’une loi de 1996, a fini par être votée afin que les diffuseurs entre un certain quota de chansons en langue française, dans leurs rotations. 40 % de français, dont 20 % de nouveaux talents. Ces chiffres sont-ils bien respectés ? J’invite les plus curieux d’entre vous à consulter le site du ministère de la culture et de lire les articles de loi.
Aujourd’hui les groupes qui ne s’expriment pas dans leur langue peuvent rencontrer des difficultés de diffusion car elles n’entrent pas dans les quotas. Les programmateurs d’ailleurs ne s’en cachent pas. Pourquoi choisiraient-ils de passer des titres chantés en anglais par des français, alors qu’ils en ont une quantité impressionnante livrée tous les jours par d’authentiques britaniques ?
A l’inverse, j’ai eu la chance de pouvoir faire entrer des chansons sur certaines antennes, car à cette période, la production en langue française était faible et les créneaux accessibles.
On objectera toujours que quel que soit le titre, s’il est bon il sera diffusé, que Phoenix est l’exemple même du groupe français qui chante en anglais et qui cartonne sur les ondes et à l’étranger. C’est vrai, mais je me place toujours dans la perspective de jeunes groupes qui emmergent et à qui certains médias pourraient éviter les diffusions sous prétexte que leur quota est déjà atteint.
Pour l’anecdote il est bon de rappeler qu’il y a quelques années en arrière, Métallica, célèbre groupe de heavy métal, employait quelques mots en langue française dans une de leur chanson. Cette utilisation aussi minime suffit à les faire passer dans le pourcentage d’oeuvres en langue française. Autant dire que les 40 % par heure était explosés, car le titre faisait au bas mot 6 minutes. Tant pis pour nos petits français…
So long !
Olivier
www.oliviervadrot.com
Publié le Mardi 2 février 2010 par Olivier
(Olivier Vadrot, membre de la Team ZicMeUp, nous propose sa chronique hebdomadaire. Vous pouvez le retrouver sur son site www.oliviervadrot.com)
L’âge idiot ! !
Ou
Y a-t-il un âge limite pour se lancer dans la chanson ?
Chers amis,
Janvier reste sans doute le mois le plus triste de l’année. Même si vous réalisez de belles opérations, il demeure un sentiment de malaise et de couvercle qui pèse sur nos têtes, comme l’écrivait Baudelaire. Nous sommes d’ailleurs tous frappés par cette sensation. Dans ces conditions psychologiques peu favorables, il est très difficile de se faire entendre, surtout lorsque vous annoncez de mauvaises perspectives à vos interlocuteurs…
Je reçois, la semaine passée, un appel d’une chanteuse avec laquelle je suis en contact de loin en loin. Elle me donne de ses nouvelles et m’annonce ce qu’elle souhaite pour l’avenir : Sortir un nouvel album et refaire une scène à Paris au printemps. Son premier CD est sorti en juin 2009 et elle a donné trois concerts, à la même période, au café de la danse. Le disque ne s’est pas vendu et les retombées du spectacle ont été si peu nombreuses que le producteur a perdu beaucoup d’argent.
Cette demoiselle a beaucoup d’atouts dans son jeu, malheureusement, elle ne sait pas comment les jouer. Elle possède tout pour investir le créneau de la chanson world. Originaire du bassin méditerranéen, elle chante aussi bien en français qu’en espagnol ou italien, maîtrise le corse, arrange certains de ses titres aux couleurs orientales, danse le flamenco comme une vraie gitane. Malheureusement, elle voudrait être considérée comme une artiste de « variété ».
Je lui fais remarquer qu’elle n’a pas le répertoire qui correspond à ce qu’elle souhaite et que son univers est en total décalage avec les chanteuses qu’elle aimerait côtoyer. Celles que l’on voit sur Virgin 17 ou NRJ 12. De plus, j’attire son attention sur le fait qu’un des critères de sélection de nos jours est l’âge de l’artiste. Combien de fois ai-je entendu : « Ho ! mais elle est beaucoup trop vieille ! ! » Ce propos d’un programmateur était destinée à une chanteuse très jolie, mais ayant passé le cap des 28 ans… Que répondre à cela ? Pas grand chose.
Du coup, la chanteuse que j’avais au bout du fil à fait bien des efforts pour trouver quelques noms d’artistes ayant réussi au-delà de la barre fatidique des 25 ans. Elle a cité pêle-mêle : Sansévérino, Yves Jamait, Bénabar, Gainsbourg et quelques autres. Je lui fis remarquer que ce n’étaient que des hommes dont elle parlait. Aucune femme à l’horizon. Bien entendu en cherchant bien, on pourra sans doute trouver la femme qui est apparue alors que personne ne l’attendait et qui a fait une carrière extraordinaire, mais là franchement ce nom ne me vient pas. Remonter à Barbara ou Catherine Ribéiro laissera la jeune génération perplexe.
Le métier du spectacle est très indulgent envers les hommes. En effet, vous débarquez sur une scène et chantez vos blessures, même à 40 ans cela peut toucher le public, sans que celui-ci d’ailleurs ne trouve à redire à la qualité de vos pansements. En revanche, une femme qui se présenterait dans les mêmes conditions, sur le même plateau aurait beaucoup plus de mal à se faire entendre. C’est juste une question d’âge et de physique.
La demoiselle doit faire rêver, doit donner envie aux spectateurs de rester devant leur poste, si elle a davantage l’âge d’être une mère plutôt qu’une adolescente, cela n’intéressera pas les décideurs. On entre là dans tout à fait autre chose que le choix et l’appréciation purement objectifs basés sur la qualité artistique d’une chanson. Il y a des réflexes inconscients auxquels peu de professionnels échappent. Ils vous diront tous le contraire et pourtant.
J’ai cru naïvement par le passé, qu’il était possible d’imposer, dans le milieu de la variété, une chanteuse à la trentaine fringante. Aujourd’hui, je suis totalement convaincu du contraire. Et ce constat me rend triste pour les dizaines d’artistes de qualité qui existent et qui ne parviendront jamais à se faire entendre, uniquement parce qu’elles ont pris leur carrière en main beaucoup trop tard. Cette forme d’injustice est inadmissible, car c’est renvoyer la chanteuse non pas à son statut d’artiste, mais d’objet sexuel.
Vous pourrez tenter de me démontrer le contraire de ce que j’avance. Encore une fois et comme je le dis souvent, je ne demande qu’à être convaincu et reconnaître que je suis dans l’erreur. Je ne prétends pas détenir la vérité, mais les exemples autour de nous, ne m’incitent pas à la mesure.
Bien entendu, mesdemoiselles, mesdames, vous n’êtes pas à l’abri d’un « splendide hasard » qui pourrait vous permettre d’accéder à la notoriété à un moment où toutes les portes semblent closes, mais personnellement, je ne parie jamais sur l’irrationnel. Peut-être est-ce un tort ? Je poserai la question à Susan Boyle.
Olivier



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