C'est de la chanson française à texte, épurée et jouée de façon minimaliste... voire monacale ! G.Léboul est à la fois conteur et croque-notes, avec une âme de troubadour vaguement poète. Il nous entraîne dans un univers forcément atypique, car son style qui ne se soucie guère des tendances industrielles du " marketing " s'inscrit à contre-courant dans un paysage musical visant à devenir uniformément calibré et... rentable ! Cet artiste a su créer un monde qui lui est propre, où l'essentiel tient à la qualité et l'efficacité, plutôt qu'au paraître ou à la débauche effrénée de moyens... Conscient que le concept de ce retour aux sources est de nos jours un pari audacieux dans notre monde toujours plus pressé et tumultueux, ce véritable chansonnier se défend d'ailleurs farouchement de vouloir plaire à l'unanimité !
Mon cher quidam
Te marie pas,
Si tu n’ veux pas
Qu’ madame
Te mette
Du bois
Sur la tête...
Mon cher quidam
Te marie pas,
Si tu n’ veux pas
Qu’ ta femme
Fasse sans toi
Ton prochain
Bambin...
Sitôt sevrées d’être pucelles
Elles se sentent obligées,
Avec ardeur, de se livrer
A des ébats charnels,
Et choisissent pour cela,
Le plus souvent à vos dépens,
Les plus improbables qui soient
Des minables amants... !
Mon cher quidam
Te marie pas,
Si tu n’ veux pas
Qu’ madame
Fasse litière
Des cas
D’ adultère...
Mon cher quidam
Te marie pas,
Si tu n’ veux pas
Qu’ ta femme
S’aventu-
re à hue
Et à dia...
Car c’est dans la nature profonde
De ces bougres de femelles,
Que de toujours lâcher la bonde
Aux appétits sexuels,
Et d’accueillir à cuisses ouvertes
Le premier mâle venu
Qui hissera leurs époux, certes,
Au rang des cocus... !
Dès lors qu’il s’agit de céder
Au démon comme on dit,
Elles se laissent posséder
Sans mal à n’importe quel prix,
Mais chose paradoxale
Pas tout à fait banale,
Elles préfèrent se tirer, bon Dieu !
Que le diable par la queue...
Mon cher quidam
Te marie pas,
Si tu n’ veux pas
Qu’ madame
Te mette
Du bois
Sur la tête...
Mon cher quidam
Te marie pas,
Si tu n’ veux pas
Qu’ ta femme
Fasse sans toi
Ton prochain
Bambin...
Car c’est une tradition qui sévit
Par tout le pays,
Et qui depuis toujours
Alimente les ragots d’ basses-cours :
Le mari trompé
Et la femme déshonorée,
Qui deviennent la risée
De toutes les bonnes âmes du quartier... !
Mon cher quidam
Prends garde à toi...
Mon cher quidam
Non, te marie pas...
CLOPIN-CLOPANT
Pom popom popom...
Grand-père avait une mule
Qui n’en faisait qu’à sa tête,
Grand-père avait une mule,
Une sacrée sale bête...
Le peu vaillant destrier
Préférait mieux coincer la bulle,
Que d’ bosser ou s’ fatiguer
A user ses rotules...
Mais soit dit en passant,
Tout’ honte bue,
Dès que pépé
N’en pouvait plus,
Séance tenant(e)
Il lui foutait de bons coups d’ pieds
Au cul !
Huuuuuue... !
Pour tenter d’asticoter
Cette espèce d’âne bâté,
Qu’on aurait dit comme piqué
Par une mouche tsé-tsé...
L’animal mou du collier
Tout juste bon qu’à s’ prélasser,
Méritait bien l’appellation, en somme,
De bête de somme !
Clopin-clopant,
Il allait cheminant
A faible allure...
Clopin-clopant,
D’un pas nonchalant
Sous l’ bel azur... !
En un mot, pourquoi le taire,
Le travail le faisait braire
Et l’idée du moindre effort
L’épuisait plus encore...
Le paresseux quadrupède
N’avait en rien, je le concède,
Des gènes d’un étalon,
Mais tout d’Aliboron...
Et soit dit en passant,
Tout’ honte bue,
Dès que pépé
N’en pouvait plus,
Séance tenant(e)
Il lui foutait de bons coups d’ pieds
Au cul !
Huuuuuue... !
Ainsi passèrent les saisons
Sur nos deux braves compagnons,
L’un fringant et l’autre non,
Chacun à sa façon...
Jusqu’au jour où le destin
Faucha le pauvre bourricot,
Laissant veuf et orphelin
Son vieil alter ego...
Clopin-clopant,
Qui allait tristement
Sans sa monture...
Clopin-clopant,
D’un pas chancelant
Sur ses fémurs... !
Grand-père avait une mule
Qui n’en faisait qu’à sa tête...
Une sacrée tête de mule,
Saperlipopette !
L’AMOUR, CA N' SE DISCUTE PAS
Souventes fois ma mie,
Dans le déduit,
Vous plagiâtes
Le vieux Socrate,
Qui, comme chacun sait,
Avait à cœur
D’être il est vrai,
Un orateur...
Oui, mais l’amour
Tout d’abord
Çà n’ se discute pas,
Çà se fait...
Et les discours
Ont le tort
D’être le pâ-
le reflet
Des sentiments
De velours
Que les amants
De tous poils
Mettent à jour
Sous les étoiles !
Combien de fois encore,
Je le déplore,
Vous recourûtes
A c’te prose inculte ?
Que j’ose qualifier
Ne vous déplaise,
Entr’ parenthèses
De logorrhée...
Voilà pourquoi vous dis-je,
J’eusse préféré,
Silence oblige,
Que vous m’ bécotiez,
Au lieu d’éclabousser
Nos doux ébats
D’ sentences usées
Et de mots plats...
Parce que l’amour
Tout d’abord
Çà n’ se discute pas,
Çà se fait...
Et qu’ les discours
Ont le tort
D’être le pâ-
le reflet
Des sentiments
De velours
Que les amants
De tous poils
Mettent à jour
Sous les étoiles !
Aussi la prochaine fois,
Si faire se peut,
Qu’ nous serons tous deux
Dans de beaux draps,
Laissez je vous en prie
Au pied du lit
Vos creuses répliques
De rhétorique...
PENELOPES
Si par malheur un brave Ulysse
Se trouve embarqué par la mondaine,
Pour s’être laissé comme un novice,
Attiré par le chant d’une sirène,
Aussitôt la gente féminine
Crie haro sur le biquet
Et dans un élan unanime
Réclame qu’on lui coupe le sifflet... !
Mais... pour un mari modèle
Traité d’infidèle,
Combien de Pénélopes
Ont l’ cœur interlope... ?
Oui, pour un mari modèle
Traité d’infidèle,
Combien de Pénélopes
Sont d’ fichues salopes... ?
Et si d’aventure un doux galant
Succombe au charme d’une damoiselle
Et lui signifie en l’embrassant
Toute la passion qu’il a pour elle,
Il y a fort à parier alors,
Que si d’autres qu’ icelle l’apprennent,
Elles réclameront haut et fort,
En sus, qu’une part leur revienne... !
Mais... pour un époux surpris
En plein adultère,
Combien de saintes chéries
Feraient mieux d’ se taire... ?
Oui, pour un époux surpris
En plein adultère,
Combien de saintes chéries
Ont l’ feu au derrière... ?
Et si au hasard d’une rencontre,
Un beau Roméo a la main leste
Avecque la première qui se montre
Et qui ne demande que son reste...
Il s’expose alors vaille que vaille
A des représailles nationales,
S’il se fait ainsi épingler
Par sa régulière offusquée... !
Mais... pour un conjoint indigne
Au sein d’un ménage,
Combien de concubines
Ont la cuisse volage... ?
Oui, pour un conjoint indigne
Au sein d’un ménage,
Combien de Colombines
Forniquent à tout âge... ?
Et pour un mari modèle
Traité d’infidèle,
Combien de Pénélopes
Ont l’ cœur interlope... ?
Oui, pour un mari modèle
Traité d’infidèle,
Combien de Pénélopes
Sont de fichues sales...
(Hop, hop, hop, hop, hop... !
Allons, allons,
A quoi pensiez-vous donc... ?)
Philanthropes !
LA FAUTE A MON PERE
C’est un avantage notoire
Et j’en rends grâce à mes géniteurs,
Que d’ m’avoir donné pour m’asseoir
Un authentique postérieur,
Mais dans leur bonté infinie,
Ils ont j’en ai peur oublié
Une fois leur besogne accomplie,
D’aller mieux y regarder,
Car il est percé
D’un trou en son milieu
Et fêlé en deux,
Sacré bordel de Dieu... !
C’est la faute
A mon père, ma mère
Si j’ suis comme çà...
C’est la faute
A mon père, ma mère
Pauvre de moi ! (bis)
J’ai pas
Z-eu l’ choix...
Depuis ma prime adolescence,
J’arbore fièrement et avec aisance
Un joli petit air polisson
Et cinq paires de doigts fripons,
Qui me valent, sans me vanter,
De la part du sexe opposé,
Bon nombre d’ardents frissons
Et bon lot d’ satisfactions
Dans l’art de dérider les fesses
Et du plaisir,
Vos femmes et vos maîtresses,
Messieurs, pourront vous le dire... !
C’est la faute
A mon père, ma mère
Si j’ suis comme çà...
C’est la faute
A mon père, ma mère
Si j’ suis pas d’ bois !
Et si j’ n’ai pas l’âme grégaire,
Bien que je sois plutôt solidaire
Envers tout le genre humain
Dès qu’une catastrophe intervient,
C’est que je suis par nature
Allergique à toute forme de bande,
Qu’elle soit de chics types, d’ordures,
D’imbéciles ou de gangs,
Je n’ai jamais su me tenir
En rang d’oignon,
Ni me laisser conduire
Bêtement comme un mouton... !
C’est la faute
A mon père, ma mère
Si j’ suis comme çà...
C’est la faute
A mon père, ma mère
Si j’ file pas droit... (bis)
J’ai pas
Z-eu l’ choix...
Afin d’être reconnaissant
Et d’éviter tout malentendu,
Il me faut, mes chers parents,
Vous rendre hommage à votre insu,
Car si je manie les gros mots
Et le verbe bien comme il faut,
C’est que vous m’avez conçu
Avec la langue bien pendue,
Je connais les pires jurons
Des charretiers
Et des putains d’ jargons,
D’un genre peu châtié... !
C’est la faute
A mon père, ma mère
Si j’ cause comme çà...
C’est la faute
A mon père, ma mère
Pardonnez-moi ! (bis)
J’ai pas
Z-eu l’ choix...
LA BELLE... MA BELLE
Elle n’avait pas
Le moindre faux plis
A son tablier,
La Belle, la Belle,
Elle n’avait pas
Le moindre soulier
Vernis...
Ni de sou neuf
Pour se réchauffer
La panse pleine,
La Belle, la Belle,
Ni de sous neuf
Caché
Dans un bas de laine...
Mais moi qui vous parle
Du fond de mon cœur,
Enfermé dans la citadelle,
Oui, moi qui vous parle
Du fond de mon cœur,
J’ rêvais de m’ faire la belle... !
Elle espérait
Un peu de bonheur,
Juste assez pour vivre,
La Belle, la Belle,
Elle aspirait
A un peu de douceur
De vivre...
Et n’ croyait
Plus aux braves hirondelles
Qui font le printemps,
La Belle, la Belle,
Elle ne se fiait
Qu’aux éclairs blancs
Dans le ciel...
Mais moi qui vous parle
Du fond de mon cœur,
Enfermé dans la citadelle,
Oui, moi qui vous parle
Du fond de mon cœur,
J’ rêvais de m’ faire la belle... !
Pour un sale type
Qui s’était assis
Un peu trop près
D’ la Belle... ma Belle,
Pour un sale type,
J’ai sorti
Mon cran d’arrêt...
Et entre les os
Je lui ai planté
Son content d’acier,
Ma Belle... Ma Belle,
Voilà pourquoi,
Me v’là
Derrière des barreaux...
Je l’ai bénie
Et je l’ai chérie
La gorge nouée,
La Belle... Ma Belle,
Je l’ai aimé
Comme jamais
Aucun ne l’a fait...
Ca fait maint’nant
Pas mal de saisons
Qu’on m’a pendu
Sans qu’elle m’appelle,
Et qu’ sur les bancs
Nul n’a revu
Son jupon... !
Hmmm...